Fusion Optique catalogue

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Fusion Optique catalog, Wilmer Herrison

Wilmer Herrison a développé une technique nommée Fusion optique, fondée sur le trait et la couleur, produisant des faux-semblants organisés en fonction d’un point de vue privilégié, qui évoluent à distance comme de près. Cette technique s’appuie sur la juxtaposition de touches de couleurs non mélangées sur la surface à peindre et sur la fusion optique, générant un effet de profondeur.

Wilmer HERRISON, par Gérard Xuriguera

Si la peinture ne renvoie qu’à elle-même, plus précisément, à l’ensemble de ses composantes, elle procède parallèlement d’une réalité enfouie, qui découle des expériences vécues par l’artiste au cours de l’enfance, de l’adolescence, jusqu’à l’âge mûr. Cette part d’inconscient réfléchit donc un passé, une mémoire, une culture, une identité, qui forgent l’esprit d’une œuvre.

Originaire de Maracaibo, au Venezuela, fixé à Paris depuis une décennie, Wilmer Herrison a d’abord connu la prospérité d’une terre hospitalière, avant d’éprouver l’angoissante difficulté d’être dans un pays déchiré et meurtri. Née d’un élan précoce au sein d’un contexte familial éclairé, sa peinture ne pouvait qu’incarner son aventure personnelle, assortie de sa connivence avec les cultures amérindiennes et européennes qui ont nourri son vocabulaire et fortifié ses ancrages, sans en altérer les fondements. Un vocabulaire résolument tourné vers les gammes infiniment nuancées d’une géométrie parfois légèrement allusive, qui au-delà de tout naturalisme, recoupe l’exubérance de la végétation caribéenne, les configurations de l’architecture coloniale ou les scintillements du lac Maracaibo, dont les échos réinventés passés au filtre de son registre stylistique, manifestent une syntaxe matériellement juste, au sens où l’entendait Platon, c’est-à-dire axée vers un idéal de beauté indépendant.

Néanmoins, en dépit des réminiscences subtilement innervées dans les réseaux graphiques de la toile, fédérateurs d’un maillage de carrés, de rectangles et de triangles, c’est bien d’art construit qu’il s’agit. Et cette approche à la fois maitrisée et volubile, retenue et foisonnante, à la limite presque arachnéenne, ne profile aucun sujet reconnaissable. Elle se borne à laisser entrevoir sinon imaginer, les vestiges au loin de la ville industrielle et les traces éparses de ses activités pétrolières, que les combinatoires linéaires et les grilles interstitielles qui les structurent, absorbent et intègrent dans leur organisation compartimentée.

Ainsi, de la forme au symbole ou vice-versa, ici ingénieusement jumelés, ces vantaux peuplés de graphies verticales, horizontales ou obliques, sont le plus souvent scindés par une ligne médiane qui semble délimiter le sol du ciel, à moins que les artères tranchées qui constituent les strates de la surface, n’induisent d’autres postulats, par exemple l’eau et ses reflets, voire les clignotements lumineux d’une cité imaginaire, mais globalement, notre champ visuel ne retient de ces possibles équivalences, que la seule prise en compte des codes picturaux.

Par conséquent, si la démarche de l’artiste vénézuélien se réclame légitimement des formes réglées, il lui arrive d’en transgresser l’orthodoxie. Elle échappe à la sécheresse formelle ordinairement accolée à l’écriture constructiviste, autant par la singularité de ses aménagements, qu’à la faveur de la montée des couleurs à travers la lumière. Ceci, à l’écart des vertiges de l’illusion optique et ses permutations rétiniennes, dont plusieurs de ses compatriotes ont hissé haut la bannière. Dans ces périmètres, malgré le brouillage étudié des lignes et du chromatisme, c’est la stabilité qui domine. Par ailleurs, la Gestalt, qui envisage la forme sous l’angle physique et matériel, et aussi comme un phénomène justifiant la façon dont le monde interpelle l’homme par les sens, rejoint le processus de Wilmer dans sa jonction du sensible et de l’intelligible.

Maintenant, entre les dédoublements vibratiles et les contrepoints géométriques stabilisateurs, se dessine un équilibre plus tonique que grave, conforté par la mesure très calibrée de l’infrastructure, au gré de la minutie de ses chevauchements nervurés. Alors se noue avec une étonnante méticulosité, une rêverie d’orfèvre qui révèle quelque chose d’obsessionnel dans le tissage interactif de la trame, où les rythmes feutrés mitoyens d’autres plus sonores, enchainent leurs tensions différentielles et leurs coloris contrastées, dans une discrète effusion.

Travaillées au couteau bord à bord au moyen de traits courts ou prolongés, de telles compositions rigoureusement tressées à la main en dehors de l’appoint des outils habituels, imposent une discipline intérieure attentive au moindre débordement, qui joue sur les décalages et les proportions, en conférant au tableau sa viabilité.

Enfin, on ne l’ignore pas, l’art est essentiellement une projection. Aussi tout au long de la cohérence de son jeune parcours, Wilmer Herrison ne fait rien d’autre qu’exprimer ce qu’il porte en lui de plus intime. « Mon pays est ma maison » souligne-t-il, et c’est également l’histoire de son œuvre.

Gérard Xuriguera
octobre 2011

 

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Catalogue avec l’introduction de Gérard Xuriguera

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